The Supramental
 
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Les principes de la manifestation


Ce livre obét à une composition fractale, n'importe quelle partie renvoit à toutes les autres et vous pouvez donc choisir votre point de lecture en cliquant sur le paragraphe qui vous interesse. En cliquant à nouveau sur n'importe quel paragraphe, vous revenez au début et vous pouvez ainsi continuer votre route... Bonne lecture! Natarajan

1 PRÉFACE
2 LE CHAMP DE LA TOTALITÉ.
MÉDITATION SUR LE BLEU.
(OUVERTURE AU TOUT)

2.1 Les traces de l'Intelligence
2.1.1 Variété et Unité de la Manifestation
2.1.2 L'intelligence humaine, un système aléatoire
2.1.3 Le chaos du moi séparé du Tout
2.1.4 Virtualité et actualité, le couple du réel
2.1.5 Les principes essentiels
2.1.6 Théorie des survivances dynamiques
2.2 L'unité insécable
2.2.1 Le potentiel solaire
2.2.2 Le trompe-l'œil sémantique
2.2.3 Le septénaire primordial
2.2.4 Le retour à l'Unité
2.2.5 Le terrain de jeu de la conscience
2.2.6 Mécanismes fermés et ouverture aléatoire
2.2.7 La légitimité solaire
2.3 La carte du territoire évolutif
2.3.1 Le mental, plan intermédiaire
2.3.2 Division pratique des champs
2.3.3 La confiance dans l'inconnu
2.3.4 Le désenchevêtrement
2.4 Le mouvement de l'Intelligence
2.4.1 La complémentarité de l'homogène et de l'hétérogène
2.4.2 L'énergie consciente dans l'automatisme biologique
2.4.3 La connaissance par identité
2.4.4 Le changement psychologique
3 LE CHAMP DE LA TRANSFORMATION.
MÉDITATION SUR LE JAUNE.
(OUVERTURE AU MOI SOLAIRE)

3.1 Les mouvements du passé, leurs limites et leur héritage
3.1.1 La pérennité du Soi
3.1.2 La quête de l'intelligence
3.1.3 La voie de l'être psychique
3.2 Le passage non mental
3.2.1 Le mental de lumière
3.2.2 L'incarnation
3.2.3 Le chantier psychologique
3.2.4 La naissance oubliée
3.3 La contrainte de la pensée
3.3.1 Un animal à part
3.3.2 Le paradigme de l'éveil
3.3.3 Le théâtre du mental
3.3.4 De la pensée et de l'ignorance à la transformation solaire
3.4 La traversée de la pensée, la troisième voie
3.4.1 La piste
3.4.2 L'apprentissage du réel
3.4.3 L'ombilic céleste
3.4.4 La rébellion
3.5 Le chemin
3.5.1 La complexité subjective
3.5.2 La marge de manœuvre de l'individu
3.5.3 La déprogrammation
4 LA PRATIQUE DE L'ÉQUILIBRE.
MÉDITATION SUR L'ORANGE.
(RELATION ENTRE LE TOUT ET LE MOI)

4.1 Les contraintes de l'intelligence
4.1.1 Le retour perpétuel à l'équilibre
4.1.2 L'impermanence structurée
4.1.3 La combinaison des formes et des principes
4.1.4 L'émergence du nouveau
4.1.5 La question des points de repère
4.1.6 Le non-agir ou l'esprit de coïncidence
4.2 Les champs de l'alternative
4.2.1 La relativité récurrente des découvertes
4.2.2 L'antagoniste du Oui et du Non
4.2.3 La stabilité et l'impermanence
4.2.4 La nouvelle lecture évènementielle
4.2.5 Le rejet de l'attachement spirituel
4.3 L'avenir solaire
4.3.1 La défaite du mental
4.3.2 Les ornières génériques des survivances dynamiques
4.3.3 L'émergence de l'identité au-delà des rôles
4.3.4 L'unité terrestre
5 PSYCHOLOGIE INTÉGRALE.
MÉDITATION SUR LE VERT.
(TRANSFORMATION EN FONCTION DU TOUT)

5.1 Le potentiel infini de l'écoute
5.1.1 La racine de l'ignorance
5.1.2 Les correspondances essentielles
5.1.3 L'ascension du moi
5.1.4 La gamme psychologique
5.2 L'Expansion du dialogue intérieur
5.2.1 Le champ de bataille
5.2.2 Le dialogue intérieur
5.2.3 La traversée des mémoires
5.2.4 La puissance du moment
5.3 Le temps, la nourriture du je, la présence, la nourriture du moi
5.3.1 Le sujet et l'objet, l'unité paradoxale
5.3.2 Le ressenti non mental
5.3.3 La suprématie du Yin, de la fluidité, de l'adaptation
5.3.4 Le triple entrelacement, la clé
5.3.5 Le métier à tisser et ses canevas
6 UNE SYSTÈMIQUE FONDAMENTALE.
MÉDITATION SUR L'INDIGO.
(APPROFONDISSEMENT DE LA NAVETTE MOI—NON-MOI)

6.1 Le trois de la création
6.2 Le deux du haut et du bas
6.3 Le dépliage des principes
6.4 Vivre le Yin et le Yang

7 SYNTHÈSE
7.1 La symbolique du corps
7.2 La spirale évolutive

8 BIBLIOGRAPHIE
 Natarajan's letter
 
 
 




























































































































1 PRÉFACE

La vie reliée au supramental peut être entièrement transformée, et enfin pleinement justifiée.

«La chose» qui a commencé pour moi le 10 janvier 1977 arrivera sans doute à d'autres, et c'est pour faciliter cette émergence que j'écris, après plus de vingt ans de contact avec l'énergie supramentale, un message destiné à tous ceux qui ne veulent ni s'enfermer dans un spiritualisme archaïque, ni s'élancer dans l'inconnu sans points de repère intérieurs.

Pour chacun, le conflit existe entre le potentiel solaire, détaché des événements et convaincu de sa quête, un moi profond mais bien présent pour qui sait aller le chercher; et le moi lunaire, qui se confond avec le vécu — où tant de choses semblent ne pas dépendre de nous, qu'elles nous imposent des révoltes ou des compromis, des contraintes ou des réactions, des projets ou des changements parfois difficiles à assumer. La part pure de l'enfant dans l'être peut être conservée par les souhaits divins et s'opposer aux manigances du moi socialisé constellé de rôles difficiles. L'innocence peut accompagner la rigueur, la spontanéité la profondeur.


Les traces de qui je fus m'ont souvent aidé, et je ne fais que poursuivre mon travail.

 
 


2 LE CHAMP DE LA TOTALITÉ. MÉDITATION SUR LE BLEU. (OUVERTURE AU TOUT)
   
2.1 Les traces de l'Intelligence
      
2.1.1 Variété et Unité de la Manifestation

Chaque race, chaque civilisation, toute culture, tout milieu manifeste des propriétés différentes de l'intelligence, et donc la définit d'une manière différente. Il est indispensable de différencier les concepts variés de l'intelligence — qui ne sont que des représentations — du processus réel de sa manifestation, qui constitue un principe unique à sa source et dont nous dépendons tous. L'intelligence possède différents types de détermination qui s'excluent mutuellement en se manifestant. Ce simple procédé d'exclusion mutuelle, comme les couleurs s'excluent mutuellement pour apparaître bien qu'elles participent toutes de la lumière, provoque simultanément l'éclosion de valeurs nombreuses et disparates (un processus positif de création), et leurs antagonismes issus de leur propre dispersion (un processus négatif d'obstruction par la rivalité et la compétitivité), qui trouve son accomplissement dans le conflit et la concurrence mobile des visions politiques, idéologiques, religieuses et spirituelles débouchant sur les crises et les guerres. À l'intérieur du moi, l'Intelligence se spécialise également en fonctions, l'être humain subissant des pôles d'intérêt différents auxquels il se confronte sans cesse.

Il n'existe donc pas — d'un point de vue supramental — de hiérarchies précises entre les différentes formes de manifestation de l'intelligence, chacune possédant une activité qui lui est propre, accompagnée d'angles morts singuliers, conformément au fait qu'aucune coulée particulière de l'intelligence ne peut contenir l'ensemble de l'intelligence. Les créations rigides sont toutes appelées à se paralyser, puis à se rétrécir, et, enfin, à se dissoudre tandis que les formes souples sont appelées à se développer, puis à s'unir pour former des ensembles complexes qui mettent en commun leurs structures afin d'élargir leurs limites.

C'est la seule manière de concevoir l'assemblage homogène de créatures de plus en plus complexes, ce qui nous renvoie immédiatement au sujet du livre, la découverte d'une part d'une intelligence générale capable de développer la vie en y infusant de la conscience, et l'émergence d'autre part d'une intelligence qui se reconnaît elle-même pour telle dans le moi de l'homme, mais qui n'est pas consciente de tout ce sur quoi elle s'appuie, soit l'intelligence autonome du corps, puis celle de la nature désirante, le plan vital, qui possède suffisamment d'autonomie et de puissance pour imposer sa loi au moi individuel, s'il n'y prend garde. On peut encore ajouter que l'intelligence du clan, de la race, laisse ses traces dans l'éducation sans que le moi sache établir sa propre légitimité, son attitude passive étant alors conditionnée par les codifications extérieures qui entourent la croissance pendant l'enfance, et la déterminent.

Nous traiterons donc du mystère humain, avec la compilation des structures naturelles d'une part, qui crée un individu homogène quel que soit le regard qu'il porte sur lui-même, ce que nous nommons le moi générique, soit un ensemble de processus sur différents plans, physique, énergétique, et subtil, qui s'entendent assez bien entre eux, semble-t-il, pour manifester l'humanité comme n'importe quelle autre espèce animale; et nous aborderons les secrets spirituels d'autre part, soit la capacité de ce moi à investir toutes les forces dont il dépend pour mieux se connaître, comprendre la manifestation et, tout au bout, épouser le Divin, qui en constitue l'origine ou le terme.

Le propre de l'intelligence est d'assembler les constituants primordiaux de la matière physique ou les énergies à l'œuvre dans l'univers, et de les organiser en programmations depuis les combinaisons des atomes jusqu'à la création de l'espèce humaine, tout en passant par tous les intermédiaires façonnés d'une manière particulière, et qui révèlent un ordre et une structure physique ou biologique. Les systèmes de cristallisation minérale sont réguliers, des formes géométriques président à leur ordonnancement, ce qui établit la symétrie comme principe de base de la manifestation, et avec elle la duplication parfaite et la série qui ouvrent vers le mystère, selon plusieurs modèles comme celui de l'ADN qui nous frappe aujourd'hui. On trouvera naturellement de l'asymétrie dans certaines occasions, et des indéterminations chaotiques, puisque toutes ces réalités sont nécessaires à l'infinie variété du réel et à sa transformation permanente. Les formes sont elles-mêmes plus ou moins stables, et le passage de l'eau à la glace ou à la vapeur constitue le symbole de l'interdépendance des lois naturelles. Le monde biologique conserve des lois antérieures, mais la matière se code maintenant, avec la vie, dans un dynamisme propre qui assure la multiplication de l'espèce. Plus l'espèce évolue, plus le centre de l'organisme devient conscient en tant que tel, et plus les procédures d'échange avec le milieu deviennent souples, aléatoires et variées, et susceptibles de transformations rapides.

Cela constitue la base de notre approche.

Les coefficients de complexité et de conscience sont proportionnels. Ce fait montre le dédoublement de l'Intelligence suprême dans deux ordres qui deviennent conflictuels dans l'espèce humaine: l'intelligence générique et créatrice et la conscience individuelle se séparent l'une de l'autre et se combattent ou s'épaulent chez le chercheur, dans une exploration incessante, mais elles peuvent se confondre ou rester parallèles selon les cas, dans une danse où tous les cas de figure sont représentés par l'humanité, qui prolonge la nature sans se poser de questions. Certains êtres sont proches des animaux et n'ont une individualité propre qu'embryonnaire, ils font confiance à la vie, d'autres investissent par le moi le champ de l'intelligence générique qui les constitue, dépassent les caractéristiques physiques, vitales et mentales, et deviennent de véritables individus conscients du Tout, et conscients d'eux-mêmes. La vie ne leur suffit pas, et leur donne l'occasion de plonger dans le mystère de leur propre existence. Ce fait nous concerne puisque nous y trouvons la source des religions et des traditions. Toute l'aventure humaine se déploie à partir de la confrontation entre l'intelligence générique — la constitution humaine biologique — et le potentiel de conscience individuel, qui se libère des mémoires et des conditionnements et actualise les virtualités de l'Intelligence suprême, celles qui n'apparaissent pas dans la nature. Nous appelons dans ce livre potentiel solaire le processus d'investigation et de dépassement de l'identité contingente, événementielle — lunaire —, en opposition aux virtualités solaires, composées de souhaits, d'intentions holistiques, de bifurcations décisionnelles.

Comme les psychologues modernes, mais en élargissant la notion, nous établissons que le potentiel solaire ne peut s'actualiser sans une profonde rectification de la fonction émotionnelle, qui lie l'identité du moi à l'environnement. Nous ne voyons pour notre part aucun autre fait aussi essentiel que celui que nous décrivons: la créature cherchant à devenir consciente d'elle-même à partir de ses propres déterminations biologiques. Et rien ne nous permet d'affirmer que ce projet de retour à l'être de l'espèce ne concerne que les hommes, bien que nous consacrions notre étude au dévoilement de cette volonté solaire. Certains animaux sont capables de transformer leurs émotions pour établir une sorte de moi, une sorte de centre. Les singes qui apprennent le langage, les chiens et les chats qui peuvent communiquer avec leurs maîtres attentifs, probablement certains chevaux et différentes espèces de mammifères marins, comme les orques, les baleines et les dauphins, peuvent parfois conjuguer l'intelligence de l'espèce qu'ils subissent avec un élan existentiel comparable à l'actualisation d'un potentiel individuel, même si le coefficient est nettement plus faible que le nôtre.

L'intelligence n'est pas seulement observable dans les modes de fonctionnement des créatures biologiques ou dans l'organisation interne de la matière. L'être humain comporte en lui une part d'intelligence qui lui permet d'observer son milieu et d'organiser ses perceptions, et il l'utilise dans de nombreux domaines et sous différentes formes, depuis les plus rigides jusqu'aux plus souples, en mélangeant les secteurs de l'investigation extérieure avec celui des motivations intérieures. Tout l'univers, physique, matériel, subtil, psychologique, biologique, peut devenir le champ et l objet de l'intelligence individuelle sur les traces de l'intelligence universelle, son origine. En réalité, l'esprit de notre espèce travaille dans une direction précise selon les individus. Nous justifions dans ce livre un usage de l'intelligence ouvert à tous les possibles, et qui ne soit plus assermenté aux seules ambitions du moi, ni assujetti à la simple reproduction des schémas naturels. La manifestation de la conscience débouche aujourd'hui sur le supramental, conformément à la vision nouvelle reçue par Sri Aurobindo1872-1950 Œuvres majeures chez Buchet-Chastel, Albin Michel, et Sri Aurobindo Ashram Pondichéry au cours de son existence, et la piste s'ouvre donc vers les plus hautes cimes et les secrets les plus profonds.

Nous pouvons remonter consciemment au cœur du mystère de la création, et au-delà même de sa symbolique céleste infestée d'entités qui manipulent — au nom de ce qui est supérieur — l'être humain. Une spiritualité intrinsèque cherche à dépasser les inféodations à toute créature manifestée, ange, esprit, dieu, avatar (voire créatures extra-terrestres), pour se relier à la source suprême d'intelligence et d'énergie, par les différents aspects du supramental, et nous la représentons. Nous rendons compte dans ce message du chemin du retour, qui est aussi celui d'un futur probable — si ce contact avec le Divin s'effectue et transforme les modalités d'utilisation du matériau biologique qui nous constitue.

 
 

      
2.1.2 L'intelligence humaine, un système aléatoire

Mais qu'entendons-nous par intelligence?

Pour l'esprit du chercheur, elle est une notion confuse justement parce que la multiplicité de ses formes en rend l'étude difficile. On préfère généralement escamoter le mystère de la fluidité protéiforme de l'intelligence et l'aborder dans une représentation plus vaste, celle de la conscience. Ce sont deux notions complémentaires et, quand nous évoquons le processus qui nous intéresse dans l'homme, peu importe qu'on le nomme conscience ou intelligence. Le terme «conscience» insiste sur le fait que l'intelligence est un flux permanent au service d'une identité, quelle que soit le genre, la forme, l'organisation de cette identité, tandis que le terme «d'intelligence» souligne que toute conscience ou identité d'apparence statique dispose d'un appareil de perception complexe et souple, en perpétuel mouvement, équipement qu'elle utilise soit pour adapter le milieu à elle-même (en changeant le milieu), soit pour s'adapter au milieu (en s'interrogeant elle-même), les deux possibilités étant largement compatibles, tandis qu'elles peuvent parfois s'exclure et créer des conflits. On retrouvera donc dans tous les cas de figure la difficulté existentielle, au nom de quoi maintenir une politique préconçue d'appropriation du réel, au nom de quoi faire abstraction de ses propres valeurs pour se plier, par les compromis, aux exigences du milieu. L'intelligence assume une navette permanente d'informations entre le moi et le non-moi, que ce moi soit rudimentaire comme chez les végétaux, ou sophistiqué comme dans l'espèce qui est la nôtre, à différents degrés, puisque l'être humain le plus fruste est — par la possession sémantique — au-dessus ou en tout cas l'égal de l'animal le plus évolué. Comme cela sera sans doute encore mentionné dans différentes perspectives, nous cherchons réellement dans cette étude à montrer que la fonction sémantique, la possibilité individuelle de conjuguer à la première personne dans la langue natale, joue un rôle beaucoup plus important que celui que nous croyons dans la formation de l'identité, et qu'elle manifeste certains discours qui préexistent, puisque le langage se forme par imitation, ce qui est la source des croyances pour la plupart inopportunes dans la quête solaire. Nous en profitons pour montrer à quel point les adjectifs possessifs, dans de nombreuses langues, rendent en quelque sorte obligatoire l'appropriation des choses. «Mon Dieu», par exemple, laisse entendre qu'un pouvoir permet à l'humain de circonscrire le Divin, de le considérer comme un objet à disposition. Les langues révèlent des structures inconscientes à l'œuvre, qui prétendent nous remettre l'univers clés en mains par les adjectifs possessifs utilisés dans des contextes où ils ne peuvent malheureusement pas s'appliquer, mais que nous utilisons quand même car c'est la langue elle-même qui nous pousse à ces appropriations factices.

Nous invitons le lecteur à essayer, en quelque sorte, toutes sortes de je associés à toutes sortes de verbes (puisque il est établi que nous nous identifions aux verbes que nous conjuguons), s'il cherche réellement son potentiel de conscience au lieu de l'imaginer selon ses propres directives. Cette incitation peut sembler dangereuse, surtout si l'on s'imagine que le réel est fait de dualités, et que le je trop libre peut se perdre dans l'obscurité des passions terrestres, mais nous sommes convenus que tout être sincère est victime d erreurs, et ne recherche pas la faute.

Par la même occasion, et bien que nous l'ayons fondé dans d'autres ouvrages, nous tenons à ramener les pratiques dites «spirituelles» à leur véritable fonction pratique — d'ordre psychologique. La méditation est le moyen par lequel le moi se livre à la fonction sémantique naturelle sans vouloir la dominer, c'est-à-dire que le sujet laisse le je du moment conjuguer les verbes qui se présentent, sans les contrôler ni les inféoder, ni les refouler — même si le fond de cette pratique est en quelque sorte «intentionnel», et destiné à une clarification des motifs psychologiques. La sérénité, l'accord sont les conséquences d'une clarification des discours intérieurs, et non pas des buts à atteindre. Il s'effectue ainsi un travail profond du moi sur le moi, d'abord dépassé par les multiples occurrences des pensées et des sensations, puis par la suite captivé par les relations nouvelles qui s'instaurent entre le Tout et lui en laissant parler le moment. Aussi, bien que nous nous intéressions à la description des modes de manifestation de l'intelligence suprême, nous nous attachons à faire soupçonner sa présence, son sceau, sa puissance dans des procédures aussi subtiles et fantaisistes que les premiers retours du moi sur ce qui lui arrive, les premiers efforts de la conscience individuelle pour comprendre la poussée dont elle est l'objet — dans le soi-disant libre arbitre.

Une partie du processus spirituel est intentionnel, le souhait de se relier au Moi supérieur et au Divin, l'autre partie est entièrement passive et soumise à l'observation pure — là où les moi du sujet s'enchevêtrent, moi mental et profondément sémantique, capable de se déplacer virtuellement dans la durée, moi vital et inféodé à la nature dynamique d'une part et à la mémoire émotionnelle d'autre part, moi physique et tributaire des besoins biologiques de base et des sensations. Le passage du temps malaxe et combine les énergies afférentes à ces différents moi. L'union de la volonté solaire et de la critique pure de ses propres contenus psychologiques s'améliore sans cesse, par une alternance naturelle, et permet une transformation du sujet.

Au cœur de l'espèce qui est la nôtre, un jeu indéterminé préside à la combinaison de ses moi enchevêtrés, ce que nous appellerons une marge de manœuvre. C'est là que nous articulons le virtuel sur l'actuel — par le paradoxe fondateur suivant: la recherche du potentiel comble les lacunes du monde événementiel, souligne les limites des projets et des objets. La quête de l'identité ne s'établira plus sur la maîtrise du territoire, mais sur l'abandon du moi à ce qui est le plus profond en lui, sa conscience provenant d'un monde invisible. Bref, en lisière de l'acquis se trouve le territoire de l'accessible — dans une autre dimension.

• À notre avis, pour les premières étapes de la remontée vers l'Intelligence suprême, il est habile de savoir faire alterner la volonté solaire de se relier au Tout avec la simple reconnaissance du niveau psychologique actuel. Ignorer les obstacles provenant de sa propre nature au nom d'une foi supérieure, ou encore douter de son ascension solaire pour faire un inventaire trop lourd de ses défauts sont les deux faces de la même illusion. L'aspiration seule, trop projetée en avant, masque le matériau à transformer, évite les bilans humiliants, triche avec les difficultés. L'observation froide et sèche, si elle devient une sorte d'habitude passe-partout, ramène le moi au moi sans le laisser reposer dans le souhait suprême de se donner au Divin, et peut le priver de la nourriture des humus spirituels, les énergies supérieures présentes dans l'atmosphère, tandis qu'au nom de la lucidité le courage nécessaire dans les œeuvres sera oublié. Les échecs spirituels proviennent soit d'une politique trop conquérante dans laquelle le moi finit par surestimer ses découvertes sans descendre dans le fond de la nature générique, soit d'une politique trop passive dans laquelle le moi se voit avec toutes ses faiblesses sans s'autoriser à les dépasser par la consécration inconditionnelle — indépendante de tout résultat.

Si nous analysons l'humanité, la seule intelligence vraiment perceptible et définissable, la seule qui paraisse illimitée, indéfiniment tournée vers de nouveaux possibles, est ce processus nommé discrimination (vivekâ en sanscrit). Cette ouverture de l'esprit ne se trouve pas dans le prolongement de la nature animale ni dans l'activité générique du mental inféodé aux sensations. Vivekâ est un processus intérieur qui permet à l'individu de se diriger vers son être intégral, son âme individuelle unie au soi (Brahman ou Tao), cet espace vide de déterminations naturelles où l'esprit se déploie tout en apaisant les processus mécaniques de la nature, fondés sur les convoitises et les évitements. Nous allons donc définir ce principe, tel le tronc de plusieurs branches qui forment chacune le cheval de bataille d'une tradition ou d'un enseignement. Nous isolons donc du jeu de la manifestation cette procédure qui va au rebours des autres, puisqu'elle s'attaque aux automatismes de toutes sortes, pour dé-mécaniser le moi et y trouver la part divine — l'identité — tout d'abord ensevelie dans les déterminations. Nous remarquons en premier lieu que le concept de la collaboration entre le Tout et le moi d'une manière expérimentale fonde toutes les traditions, qu'elles recherchent un corps d'immortalité comme dans certains groupes chinois, ou la survie de l'âme un peu partout, ou l'extinction de l'ego dans le soi, présenté ici même comme le marchepied du supramental. Nous n'établissons donc rien de nouveau, hormis le fait que nous récusons les différences profondes entre les dogmes, les pratiques et les philosophies hermétiques. Nous ramenons à leur racine commune différents mouvements, nous appuyant pour ce faire sur notre expérience du supramental, sur notre érudition, et enfin sur notre mémoire karmique qui nous a livré les clés des âmes de différents berceaux spirituels. De grosses variations morphologiques caractérisent les traditions, mais c'est une erreur de s'attacher aux particularismes, et le meilleur moyen d'oublier l'essentiel pour se construire une démarche sur mesure, profondément empreinte de résidus archaïques insoupçonnés et de préférences arbitraires. Si nous ramenons les discours à leurs principes, une concordance parfaite s'avère derrière les formes: il n'y a pas de révélation durable sans une transformation psychologique permanente. Les moyens et les buts de cette transformation semblent différer, car il est question de montrer un cheminement qui échappe aux règles communes, et dont il faut établir en quelque sorte les différences. Mais toutes les cartes parlent du même territoire: le membre de l'espèce humaine contingent sur les traces de son potentiel transcendant par la démarche d'ouverture.

L'appel permet de changer les procédures du corps, de la vitalité, de l'esprit. Dans le cadre de la transformation individuelle, vivekâ est une procédure qui contient en elle-même son origine et sa fin. Elle absorbe certains procédés rationnels, développe l'intuition et en fait un art martial, elle s'élève jusqu'à l'imagination la plus pure, elle distingue tous les objets des noms que le pouvoir sémantique leur donne, et vérifie ainsi que le moi en a bien conscience, ou au contraire qu'il s'invente des images. Elle articule avec équilibre l'analyse et la synthèse, ne se soumet à aucune exclusive qui pourrait créer un déséquilibre. Elle connaît les touchers respectifs du corps, du vital et du mental, et les départage pour l'intégrité du moi, qui sait ou non cautionner ses désirs selon les circonstances. Ce processus est encore peu répandu sur la Terre, mais, dans une perspective évolutive, cette conscience expérimentale est partagée par tous les pionniers depuis des millénaires, et nous tâcherons d'établir, dans la suite de l'ouvrage, les caractéristiques de cette démarche pour la rendre plus accessible, avec naturellement son point d'appui — la véritable consécration (spirituelle) radicale. Peu importe le nom qu'on donne à cette remontée de l'intelligence vers sa source, puisqu'il dépend de la langue, de l'époque, du lieu et de la révélation ou du maître qui la dépeint.

Vivekâ est un flux d'intelligence libre et spontané. Une conscience du moment qui observe en permanence les suggestions, les idées, les émotions, les sentiments qui traversent et affectent l'identité générale afin de déterminer les compulsions de l'espèce au sein de soi-même. Elle remet en question les ambitions fabriquées par la personnalité pour satisfaire aux exigences archaïques de l'être vital, friand d'idéaux grossiers ou de buts spectaculaires, et complice de la séduction que le moi cherche à exercer sur lui-même. On pourrait schématiser en disant que l'intelligence du moi dans le présent part à la découverte des structures de programmation de l'identité générique pour en comprendre l'arborescence, et se dégager ainsi des mécanismes des conditionnements familiaux, culturels et enfin génériques.

• Mais c'est à chaque instant que le moi doit analyser ses mouvements (et non pas seulement d'une manière rétrospective avec laquelle il peut tricher), pour prévenir les projections et saboter les réactions grossières, tout en apprenant à se détacher de l'événementiel.

Les maîtres spirituels autant que les psychologues modernes reconnaissent que la pensée s'identifie à de nombreux mouvements suscités par les contraintes du milieu d'une part et les contraintes de la perception d'autre part (perception physique, émotionnelle, affective, mentale, spirituelle). Cette réciprocité est conflictuelle puisque les accidents du milieu conditionnent la perception, comme les traits de caractère innés conditionnent le regard sur l'environnement. Nous tombons donc toujours, d'où que l'on parte (psychologie, biologie, sciences humaines, ésotérisme, transmission spirituelle) sur les deux réalités fondamentales de l'intérieur et de l'extérieur en perpétuelle corrélation, et manipulation réciproque. Le moi et le non-moi se mélangent l'un à l'autre par l'interprétation subjective — d'où le potentiel de son renouvellement évolutif ou au contraire sa sclérose par le simple passage imprescriptible de la durée.

Rien ne peut sortir de ce cadre.

Sauf justement les moments spéciaux où le moi et le Tout sont la même chose, moments qu'on peut qualifier de supérieurs, qui sont accessibles n'importe quand, mais rarement atteints — d'où la nécessité d'évoquer le cheminement qui peut produire cette rencontre, la voie universelle dont cet exposé trace un itinéraire. Et même en ce qui concerne ce type de témoignage, il est utile d'être circonspect, tant les degrés de réalisation diffèrent d'un maître à l'autre et d'une carte à l'autre, sur le même parcours entre le moi et le Divin.

Diriger la discrimination reviendrait à la contrôler et à l'assassiner, cela l'inféoderait à son point de départ obscur et en pervertirait la fonction en la réduisant aux angles fermés de son origine.

• La navette de l'esprit entre le moi et le non-moi, qui devient mystère réel, est enfin accueillie comme une véritable expérience vierge.

Le processus transformateur ne se dirige donc pas dans un champ précis pour étiqueter et contrôler, pour s'approprier quelques recettes de savoir-vivre, mais il s'élabore en profondeur, sans volonté de construire, dès que le moi a compris que le discours sémantique, le flux de la pensée, était insuffisant pour découvrir la réalité. Nous devons établir ce point comme une précaution méthodologique. En effet, les traditions ont bien fondé la collaboration possible entre le moi et le Tout à travers l'appel et la pratique d'une nouvelle perception qui efface les structures du passé. Néanmoins, elles se sont toutes ou presque enfermées sur leurs propres prédicats, jusqu'à dicter d'une manière autoritaire les formes mêmes du travail, si précisément que le moi peut mimer la déprogrammation sans la subir — en décidant lui-même les procédures par lesquelles l'obtenir. Le mental peut inventer des contrefaçons spirituelles et s'y laisser prendre.

Sur le plan physique, l'intelligence est un processus particulier d'organisation de la matière à travers différentes formes d'énergie susceptibles de stabiliser et de transformer les éléments de ses créations pour les adapter à leur écologie. Ou bien encore nous pouvons la considérer comme l'émergence perpétuelle de nouvelles relations aussi bien au sein des organismes eux-mêmes qu'entre les identités constituées et leur milieu. L'intelligence combine donc dans une seule procédure la conservation et l'innovation, la conservation et l'élimination, ce que le mental peut à la rigueur admettre mais qu'il ne peut pas voir puisqu'il se focalise sur un seul objet à la fois, et ce, dans une séquence de temps trop rapide. Le supramental montre que l'intelligence est partout à l'œuvre et qu'il n'existe rien d'autre qu'elle, la matière étant une forme d'énergie organisée, ses multiples cristallisations atomiques, puis moléculaires, déguisant l'énergie suprême. Il confirme que l'éveil individuel est suffisant pour changer en profondeur les mécanismes des sensations, des désirs et des idées — bien que ce soit de l'intelligence libre et aléatoire s'attaquant à de l'intelligence figée et structurée — mais c'est toujours de l'intelligence.

L'eau fait fondre la glace.

Quand le moi évolue, un autre non-moi est découvert. L'espèce humaine peut briser le moule générique de la perception qui lui est imposé par la nature, grâce au jeu de la conscience individuelle qui se remet en question.

 
 

      
2.1.3 Le chaos du moi séparé du Tout

Dans l'espèce humaine, l'intelligence n'agit plus automatiquement, à moins qu'il ne s'agisse justement de ces survivances dynamiques qui emportent les personnes dans des mouvements qui les privent soudain de leur conscience. Le moi croit être conscient et capable de choisir par le libre arbitre son comportement. Mais certaines situations présentent des pressions psychologiques si fortes que l'alternative l'emporte. Ce ne sera pas le moi structuré qui répondra, mais l'identité archaïque profonde, le moi animal privé de son identité sémantique, le moi anonyme générique. Les moments d'égarement affectent la conscience individuelle et une programmation archaïque et générique — aussi vieille que l'évolution — s'en empare et la contraint à des états de conscience infrahumains ou régressifs, états qui peuvent ou non manifester un discours structuré — injures, malédictions, scènes dramatiques verbalisées, délires, agressions physiques, etc. Mais il y a aussi des stades mélangés, moins spectaculaires, souvent chroniques, qui empêchent la purification émotionnelle en ramenant régulièrement les mêmes contenus psychologiques fermés et douloureux à la surface du moment.

C'est donc le champ entier de l'expression du moi qui amalgame les automatismes et les prises de conscience à chaque instant selon les circonstances. L'esprit de notre espèce se trouve à la jonction d'une intelligence universelle, qui l'inféode à la nature animale et le soumet aux procédés d'incarnation, et d'une intelligence personnelle et subjective, tâtonnante et mal dégrossie, écrasée par la nécessité de relier l'ensemble du monde extérieur à l'intérieur. Ces deux intelligences communiquent et c'est la raison pour laquelle les notions de subconscient et d'inconscient possèdent des fondements.Voir les notions analogues de vasana et vrttî de la tradition hindoue, ou les kwei de la tradition taoïste. La suprématie de l'Orient en matière d'anatomie est indiscutable, puisqu'il connaît depuis des milliers d'années, dans le yoga par exemple, les traces programmatrices de la mémoire, du désir générique, et de la volonté séparative. Son système des chakras et des guna (qualités pures) complète d'autres traditions et les éclaire verticalement. La vision vivante du déploiement éternel de l'intelligence est difficile à atteindre, mais ses traces jalonnent les civilisations. Les lumières pratiques de la médecine traditionnelle chinoise, et son inventaire de flux énergétiques, n'ont jamais séparé le corps de l'esprit, tandis que les Véda, compris par Sri Aurobindo, déterminent la plus haute métaphysique accessible à notre espèce et constituent une sorte de mémoire supramentale sur la Terre, une carte des territoires les plus profonds de la conscience.

 
 

      
2.1.4 Virtualité et actualité, le couple du réel

L'Un se démultiplie et nous montrons ici les figures essentielles de ce déploiement. Les formes sont élastiques et d'autant plus variées qu'elles combinent de nombreux principes, ce qui nous oblige à admettre que la complexité est l'âme de la Manifestation, comme la simplicité est celle de l'Ordre supérieur, constitué de pouvoirs faibles en nombre. Les modes opératoires primordiaux, comme la structure (assemblage), le seuil (changement de qualité), le mélange (entrelacement de structures), la bifurcation et la transmutation (modification des finalités), et enfin le cycle (croissance, apothéose, terme) apparaîtront comme les manœuvres essentielles qui assurent une production homogène à travers l'équilibre — c'est-à-dire la proportion.

Enfin, la base, rarement prise en défaut, est constituée par l'alternance, soit le revirement de l'action et du repos, de l'aller et du retour (feedback), du désir et de la satiété, revirement qui gagne les plans subtils avec l'identification et la différenciation, le doute et la certitude, la question et la réponse, l'atermoiement et la décision. Il s'agit du souverain métier à tisser, dont la vision pérenne caractérise quelques très anciennes traditions, dont celle du taoïsme avec le yin et le yang, auxquelles toutes les réalités peuvent être ramenées dans une proportion quelconque.

Des sauts évolutifs, des seuilspar exemple, le changement d'état (fluide, liquide, solide) obtenu par compression, dilatation, température etc, le modèle le plus simple., des déterminations invariables, des virtualités élastiques, tout cela se combine sans arrêt et nous ne sommes qu'à l'aube de la compréhension du Tout qui s'exprime. Car tout emplit le même espace sans aucune séparation, une évolution anime le minéral, le végétal, l'animal, mais les règnes n'évoluent pas à la même vitesse, de toute façon très lente par rapport à une génération humaine. Mais le progrès s'effectue, si l'on fait intervenir l'être psychique — l'âme, comme évoluteur, comme principe conscient, susceptible d'utiliser plusieurs existences pour participer à l'expérience de la conscience, et de cumuler ainsi l'apprentissage de chaque vie nouvelle avec la résultante des précédentes, bien que ce cumul puisse être envisagé plutôt comme une soustraction, un dévoilement vers le diamant qui perd sa gangue, que telle une acquisition de pouvoirs supérieurs. La perception extérieure renvoie à l'ascèse proprement dite, finit par fonder le sujet dans le cosmos en lui réfléchissant ses limites, mais certaines lois sont similaires à l'intérieur, dans le moi, et à l'extérieur. Le sujet est enchevêtré dans plusieurs moi — comme le non-moi est constitué d'une cascade de principes qui se subdivisent à travers des formes de plus en plus précises et complexes.

L'évolution transforme l'organisation des objets où elle s'écoule (espèces animales et humaine en voie d'évolution par exemple) en tenant compte, selon des critères que notre Intellect peine encore à détecter, d'un nombre de paramètres infini combinés pour une meilleure adéquation perpétuelle. Dans cette mesure l'intelligence est simultanément conscience et énergie. Elle possède donc des stratégies antagonistes et simultanées de perpétuation et d'innovation ou de conservation et d'élimination — ce que nous trouvons en toute correspondance dans le fonctionnement même de notre esprit, possédé par le libre arbitre et les indéterminations qui imposent des options dans tous les secteurs de l'existence. Nous reprendrons ce thème au cours de l'exposé, pour tâcher de démontrer que l'alternative est le principe de toutes choses, en tout cas sur la Terre, et que la figuration du yin et du yang en est l'illustration. Une évolution perpétuelle anime l'univers — en tout cas dans le cadre des existences animées — et cette évolution ne peut être niée, bien que nous n'entendions pas par là cautionner la thèse de Darwin, qui ne montre que l'aspect yang du mouvement, la sélection par la force défensive, alors que le côté yin révèle la collaboration homogène des espèces entre elles, qui, loin de chercher à s'éliminer, mettent en œuvre le partage du territoire pour profiter de la présence des autres, alliées, prédatrices ou proies — dans un équilibre démographique exemplaire. Il ne s'agit pas pour le moment de prétendre que nous avons la possibilité de juger en quoi cette évolution est meilleure que les stades qu'elle a déjà traversés.

Au contraire, l'on peut se sentir totalement démuni devant l'urgence de la conscience subjective et rêver quelque temps du bonheur automatique de l'oiseau ou du cheval, du félin ou de la plante. On pourrait tout aussi bien décider que le mental anonyme, inféodé aux passions et aux opinions toutes faites, constitue l'apothéose de la création et se contenter ainsi d'une intelligence empirique et conventionnelle — contingente, rachetant les chagrins et la médiocrité par les plaisirs cultivés, les joies passagères et les satisfactions relationnelles. Pour certains idéologues, il ne faut pas toucher à cet ordre, et nous savons alors les valeurs qui en découlent, la colère meurtrière sera cautionnée par le sens de la justice, l'autoritarisme rétrograde par la transmission des valeurs morales, l'assujettissement de l'autre ou de la femme par le culte de la souveraineté décisionnelle masculine, l'intégrisme politique ou religieux par le respect inconditionnel du passé et de la mémoire.

Mais d'autres états de conscience existent en amont, ceux qui élargissent considérablement les perceptions physique, vitale et mentale, et projettent donc l'individu dans des champs énergétiques beaucoup plus larges et plus profonds que ceux auxquels la conscience ordinaire parvient. Là, le passé n'est plus sacré. Ce sont d'ailleurs les descriptions de ces champs subtils (ainsi que la représentation même de leur nécessité) qui permettent d'édifier depuis si longtemps les religions aussi bien que les pratiques spirituelles, qui vont à l'encontre des habitudes de pensée et comportements. L'intelligence recherche perpétuellement les transformations possibles favorables à une meilleure adaptation du sujet à son milieu, et sa manifestation pour l'homme est donc tributaire de chacun, puisque la conscience du volume du milieu change d'un individu à l'autre, de l'espace du simple clan à celui de la terre entière, jusqu'à la conscience divine. Tout sujet se fait du champ une idée subjective, mais peut à n'importe quel moment débuter la recherche de l'universel. Dans son aspect générique, l'intelligence façonne des personnes qui se plient aux compromis imposés par leur écologie, et qui vivent dans le prolongement de leur naissance. Mais, pour le chercheur spirituel, l'intelligence invente un autre discours, et fait prévaloir la vie intérieure, pour modifier le moi et l'interprétation de son environnement, ce qui remet en question (en faisant d'une pierre deux coups) aussi bien l'image de soi que celle du milieu, auquel il cesse désormais de se soumettre. L'intelligence solaire transforme les contingences proportionnellement à la transformation intérieure. Elle abandonne le mimétisme. Dans le cadre de l'espèce humaine, l'exercice de ce pouvoir appelle nécessairement une remise en question radicale des liens innombrables qui assujettissent la personne à son milieu et à l'image de sa propre identité.

Le pouvoir évolutif exige l'exploration des différents champs du réel qui tombent peu à peu sous sa juridiction bien avant que des modifications ne s'opèrent, et puisque ce réel est insécable, il n'y a pas à hiérarchiser les démystifications, c'est-à-dire que le moi s'aventure en lui-même autant qu'il s'aventure à déchiffrer le non-moi, et commence à prendre conscience dans un ordre qui lui appartient en propre. En lui, il observe son être naturel et ses désirs, son être social et les rôles à endosser, son être affectif avec les ramifications familiales et les demandes inhérentes à ce champ, il voit également son imaginaire inventer des futurs, ou une voix indicible façonner des souhaits; comme il sent sourdre en lui un besoin de participer d'une manière exhaustive au projet de l'univers, en dépit des incompréhensions du milieu. C'est en général cette phase de tension entre le monde perdu et la virtualité prochaine d'une organisation plus consciente qui rebute les êtres humains et maintient le plus grand nombre dans l'ornière de l'identité culturelle et religieuse.

Trop de valeurs disparates existent pour que nous nous représentions l'humanité comme une espèce automatisée. Les individus diffèrent tant, du criminel du dimanche au mutant supramental, que nous ne pouvons tous les fondre dans le même moule homogène. Il semble donc qu'il y ait dans l'individu quelque chose qui échappe à la nature, et qui soit capable de fixer une valeur — quelle qu'elle soit, à la vie elle-même et de s'y conformer. «Dieu» s'imagine sans cesse dans le cœur et l'esprit de l'homme et se renouvelle. La chasse au bonheur remplace la chasse au gibier. Le modèle de l'homme varie d'une civilisation à l'autre, certaines s'acharnent à vanter la liberté individuelle, l'idéal individuel devient donc hétérogène au sein de la société et finit par menacer sa cohésion, d'autres cultures exigent la conformité stricte à des lois considérées comme imprescriptibles. La substance psychologique est suffisamment élastique pour tolérer de vastes différences de valeurs et de comportements en conservant son homogénéité. L'homme cherche toujours la même trace, celle qui justifierait sa présence et ses propres œuvres.

Chaque spécimen (humain) interprète la coulée de l'esprit en lui.

Il vit avec le ressac de l'Intelligence suprême, qui lui donne le sentiment du moi. Cet écho est tributaire du rivage, de la saison, des vents. Le moi est inféodé à l'arborescence de son origine terrestre, de sa naissance biologique, de tout ce qu'il transporte par la vie, mais le mouvement même du ressac est libre, c'est-à-dire que l'Intelligence suprême anime tout au fond de l'être le sentiment de son identité, et conjugue les verbes que le moi voit se former dans la langue qu'il emploie. Le sujet récupère alors ce travail, persuadé qu'il est le sien, se l'approprie et le fige, mais il n'y participe que rarement, si l'on considère que seul l'accès au soi libère de l'élan de la pensée, qui vole de ses propres ailes, toujours devant le sujet qui se laisse emporter. Le moi est donc un programme aléatoire de perception, à travers la fondation sémantique qui permet à chacun de fantasmer le monde, d'y appliquer des critères afin de le rendre conforme à des attentes subjectives, secondées par le poids des traditions et des coutumes, et la puissance des mémoires culturelle, raciale, et génétique.

Le libre arbitre est une notion fausse, non pas qu'il faille nier une marge de manœuvre dans le traitement des informations par tout être mental, mais parce que cette marge même est d'abord une réaction aux événements plutôt que l'expression de l'identité, ce qui revient à affirmer que la plupart de nos choix sont truqués par le désir et la peur, qui interceptent les enjeux à des niveaux profonds, derrière l'expression sémantique. Sri Aurobindo, dans Savitri, dépeint et rencontre les forces à l'œuvre qui empêchent les résolutions éclairées du mental d'aboutir à des résultats correspondants. Le moi est avant tout une opposition au réel, dès que le bébé comprend qu'il n'est pas sa mère, et que le deux se déploie — le moi et le non-moi, l'intérieur et l'extérieur, le champ de la personne contre le champ de la totalité.

Nous présentons ici la sortie de secours — vu la situation d'urgence — accessible à l'espèce humaine: cesser d'interpréter les choses dans le cadre étroit du mental culturel, s'abandonner au grand Mystère, qui dicte lui-même le chemin du retour en justifiant ses œuvres dans le moi qui se donne à lui.

Pour en finir avec le ressac de l'intelligence coupée de l'océan de la béatitude suprême, le moi prend en charge tous ses mouvements, élimine les boucs-émissaires, admet que tout ce qui lui arrive dépend de lui, et cherche sa propre responsabilité dans les événements mêmes dont il ne semble pas directement l'instigateur. C'est le début de la voie universelle, qui légitime les insatisfactions du sujet prisonnier d'une culture barbare et d'une histoire ignoble. Comme Sri Aurobindo, comme Lao-Tseu et la Gîta le stipulent, le moi et le non-moi peuvent ne faire plus qu'un, à condition de sortir des sentiers battus, de passer de cercle en cercle. Un état fusionnel sans limites peut être atteint, au bout d'une discrimination patiente, qui montre par où et comment le moi et le non-moi différent. Quand cette différence devient insupportable, un cheminement se déploie dans lequel l'expérimentation pure l'emporte sur la finalité du but à atteindre, qui, sans être abandonné ou oublié, est laissé à la discrétion du Divin. Les actes ne sont plus le prolongement d'une ambition personnelle à réussir, mais l'expression d'une aspiration à comprendre et à se relier. Les idées ne sont plus des propriétés personnelles, mais un tourbillon d'hypothèses libres. C'est autour de cette réalité très simple que s'organisent toutes les révélations, les religions et les traditions. De la substitution de la volonté divine à la volonté humaine, du non-agir taoïste au naïshkarma hindou, des envolées lyriques d'un saint Jean de la Croix au blasphème apparent d'un Hallaj ou d'un christ, il n'y a qu'une seule aventure.

Le ressac du moi, la pensée, la bribe de conscience éternelle précipitée dans la vitesse du temps, retrouve la conscience originelle, indistincte en tous, présente en chacun, tout d'abord cachée par les procédures vitales. Plus de murs, de limites ou de barrières. Il ne subsiste que des distinctions. L'Un se présente à visage découvert, tel le Seigneur de tous les êtres. Il est alors impossible de ne pas l'aimer, puisque Il révèle qu'il n'y a que Lui. L'oiseau est le ciel même, la pensée est son propre oubli douloureux dans la séquence répétitive. La matière est son sommeil, la haine sa mémoire du mal, le bien, son souhait du futur. Il révèle par où Il traverse toutes les créatures, souverain, par où elles ne sont toutes que ses innombrables yeux. Il montre qu'Il se déchire Lui-Même pour que le Moi émerge. Plus aucun nom ne Lui convient alors.

Cette aventure commence par la réalisation que l'âge des Ténèbres, qui remonte maintenant la pente vers la lumière, a conservé comme critère spirituel, le silence mental. La fin de la dictature sémantique, de l'interprétation fallacieuse. L'éveil est l'accomplissement: l'opposition discriminative a abouti à la reconnaissance de la Totalité, à la fusion avec elle — à travers une nouvelle conscience, le Soi universel. Les brèches existent, qui permettent à l'homme de devenir conscient de son identité et responsable de son action en découvrant d'autres volontés, d'autres pouvoirs que ceux qui procèdent de la montée évolutive — des énergies virtuelles dont l'ensemble constitue le monde spirituel.

Rien n'oblige le passage.

Le cheminement accepté, le moi s'ouvre vers l'inspiration de l'âme (être psychique), le centre conscient et individuel qui utilise les incarnations pour rejoindre le Divin, vers le Soi (Brahman) — quand l'esprit cesse toute activité et qu'un mélange tranquille d'impressions et de réflexions profondes et lentes animent la perception unifiée.

 
 

      
2.1.5 Les principes essentiels

La thèse selon laquelle la sélection des espèces serait mécanique jusqu'à produire par un perfectionnement de l'automatisme quelque chose d'aussi complexe que l'esprit humain ne s'inscrit pas dans la vision supramentale. Nous avons vu, comme Sri Aurobindo, qu'un plan ascendant de création, qui part de la matière, croise un plan descendant, dont l'origine est divine et subtile, et à vrai dire inexprimable. Cette hypothèse peut être réfutée par le rationaliste, mais elle sera retenue par tout chercheur sincèrement étonné de l'organisation générale de l'univers. L'interaction ascendant/descendant rend plus facilement compte de la complexité qu'un seul des deux mouvements. Le mouvement ascendant seul n'explique pas l'accroissement de la conscience, et le saut des règnes et des espèces vers une adaptation performante et complexe, où les processus subtils apparaissent puis se développent (alternatives réactionnelles, puis code embryonnaire de réponses, puis pouvoir sémantique). Le plan descendant seul peut sans doute créer des univers plus parfaits dans les mondes subtils, mais, en l'occurrence, le sommeil de la matière le rencontre, résiste ou s'y combine, et c'est finalement la vie, la biologie terrestre dans laquelle nos incarnations s'inscrivent, qui témoigne de la rencontre d'une intelligence subtile, informelle et divine, et d'une mémoire matérielle.

L'espèce humaine se trouve à une intersection capitale de ces deux mouvements, la mémoire évolutive provenant du mouvement ascendant, c'est-à-dire de l'ascension biologique, tandis que le potentiel de conscience tombe de l'Esprit lui-même sous quelques formes privilégiées.

L'espèce humaine ne sait pas encore utiliser le mental puisque elle cherche à lui fixer elle-même sa fonction, au service du moi, alors qu'il apparaît que le mental est trop fluide, trop puissant, trop riche, pour n'être que le prolongement du sujet. Il lui préexiste, avec une puissance insoupçonnée de ses dépositaires. Il sert d'intermédiaire entre le bas et le haut, alors que l'humanité le projette devant elle à sa propre hauteur, réduisant ainsi sa morphologie à une expression incomplète, écrasée, pour ne pas dire fausse. C'est donc toujours dans le renoncement à soi-même — un soi-même fabriqué par la naissance terrestre — et par l'exploration pure, que le mental révèle des pouvoirs qui ne sont plus rattachés à l'ego, à la naissance biologique, à la création du corps, à la dimension horizontale, et qui sont capables de transformer l'identité. Par l'envol vers le supraconscient, souhaité, et la descente, assistée par la raison, vers le subconscient.

L'être humain comporte plusieurs types d'intelligences spécialisées empilées les unes sur les autres, et il est donc certain qu'une friction s'opère entre elles, les intérêts du subconscient, voués à la mort, étant différents de ceux du supraconscient qui brise les murs entre le conscient et les couches inférieures de structures vitales, par une multitude de procédés. Des secteurs de conscience «territoriale» s'opposent à des champs non contingents, ouvrant les sens et l'esprit aux effluves célestes, aux mouvements supérieurs, aux possibilités. Ce livre évoque le potentiel de conscience de l'espèce, de l'individu, en dévoilant la guerre des clans intérieurs, et ce qui peut amener à conclure une paix définitive par la discipline et l'aspiration.

Si cette hypothèse n'est pas admise, il est inutile d'accorder la moindre valeur aux témoignages spirituels, puisque aucun d'entre eux ne se fonde sur l'usage générique du mental. Les brèches vers les plans supérieurs, qui permettent à la substance spirituelle de descendre sur la Terre et de se mélanger à l'atmosphère, ont été percées par des individus qui ont tous, sans exception, éprouvé les limites du monde phénoménal, et qui, parvenus aux barrières qui se dressaient, se sont aventurés en passant par-dessus ou en les traversant, le seul moyen de continuer la route.

Nous appelons ce procédé changer de seuil.

Par petites touches, nous établirons au fur et à mesure que le principe, l'itinéraire, a été dévoilé par de nombreuses personnes qui, étant chacune différente, ont relié le point d'origine et le point d'arrivée, l'illumination, par un chemin particulier, aussi simplement que de nombreuses routes peuvent être parcourues pour se rendre d'un point à un autre. S'élever jusqu'à la vision de l'itinéraire informel, qui fonde les étapes nécessaires de l'ignorance à la connaissance, voilà ce que nous proposons, plutôt que de fournir la description d'un chemin unique qui confondrait les formes avec les moyens, les moyens avec les fins, les procédures avec les principes, jusqu'à geler l'aventure spirituelle dans un recueil de recettes.

Si l'itinéraire primordial est compris, n'importe quel chemin particulier y ramène, quels que soient les détours, les tâtonnements, les erreurs, les tracés fantaisistes, les excès subjectifs. Si l'esprit, au contraire, se laisse berner par une carte routière, un tracé quelconque, une religion, une doctrine, un enseignement, il se contentera de suivre les indications sans initier ni intégrer les changements psychologiques, en évitant les véritables seuils, et seuls l'intégrisme, la vérité convenue, l'enfermement, la croyance obsessionnelle caractérisent les parcours suivis en surface par le moi lunaire, dans la concordance des comportements soi-disant supérieurs qui dissimulent à merveille la conservation du moi générique inconscient, par une simple théâtralisation, une mise en scène qui n'opère pas de transformation intérieure radicale.

Nous établissons ici la confrontation exhaustive à soi-même comme le seul moyen d'ouvrir des brèches vers l'Intelligence divine, qui se manifeste sur les membres de l'espèce s'ils abandonnent les procédures génériques de conscience d'une part, soit la confiance naïve dans le flux des tendances, et s'ils rejettent les valeurs communes d'autre part — qui constituent une simple marqueterie savante incrustée dans le mental.

Il s'agit de départager le passé et le présent d'une manière toujours plus profonde et consciente.

L'image de soi (symbolique solaire) et le vécu (symbolique lunaire) peuvent se transformer sans cesse. L'intelligence recherche la plénitude de la programmation où elle s'exerce, et l'on peut donc affirmer que le corps physique recherche une gamme de sensations par rapport à ses propres besoins, que le corps émotionnel cultive le goût des émotions gratifiantes, que le moi des sentiments cherche des objets ou des êtres où puisse s'investir le besoin de créer des sentiments. Le mental recherche la compréhension des relations à tisser avec le monde, et il peut en jouir. Voilà le mode générique. L'option spirituelle provient d'une exigence nouvelle, celle d'une relation plus authentique à l'univers, celle d'un approfondissement de la conscience individuelle, celle d'élargir les limites de la perception pour se fonder dans l'existence d'une autre manière. Le sujet découvre alors parfois — c'est le paradigme solaire — qu'il peut changer le statut du moi en s'interrogeant d'une part sur les schémas qui l'ont façonné à partir des contingences et en souhaitant d'autre part découvrir l'origine des configurations psychologiques intérieures (peurs, désirs, attentes). Les deux procédures s'épaulent pour produire de petites métamorphoses au sein des associations d'idées, qui délivrent du sens en permanence, et distingue de l'amalgame croyances, sentiments et valeurs, tout en différenciant les émotions directes et pures des émotions réactionnelles qui soulèvent le subconscient et le laissent apparaître dans le ressenti par le biais des survivances dynamiques.

Un mouvement intérieur se fait jour, qui analyse les conditions écologiques (le monde lunaire du temps et de l'espace pétris d'événements ponctuels) et les distingue du témoin, du moi, qui saisit l'image qu'il se fait de lui-même pour la remettre en question, l'opération alchimique par excellence de la transformation du plomb en or, du moi générique fondé dans la nature en individu conscient transcendant son milieu. L'énergie supramentaleTerme utilisé par Sri Aurobindo pour caractériser la conscience divine et l'énergie divine, et que le développement de la conscience de l'âme permet d'atteindre depuis 1956, où ce champ vibratoire a commencé à se répandre sur la Terre. opère dans le corps d'une manière similaire pour unir les plans de la perception puisque le tourbillon atomique, la Shakti sous une de ses quatre formes, se déplace de zone en zone, dans les fréquences du cerveau, puis dans les différents moteurs énergétiques, les chakras, et enfin dans le corps physique proprement dit, et les milliards de cellules. La matière grise s'adapte, et développe ses facultés involuées pour traiter des informations toujours plus nombreuses, le mental peut recevoir le supramental grâce à la disposition du cortex qui boit les influx supérieurs pour transformer la perception des choses (sensation de pétillement en-dessous du crâne). Le système nerveux et le cerveau archaïque sont en revanche solidaires de la mémoire de l'évolution «Beaucoup de gens imaginent que leurs caractères héréditaires viennent seulement de leurs parents, et plus généralement de leurs ascendants. En fait, nous avons depuis ces dix dernières années, les preuves expérimentales du fait que l'évolution même des espèces est inscrite dans cette molécule(ADN). Il n'est d'ailleurs pas surprenant qu'à l'échelle de la molécule nous retrouvions inscrite toute la mémoire de la vie, puisque déjà l'embryon humain reproduit, à son niveau, pendant les neuf mois de l'embryogenèse, toutes les étapes du développement des espèces.» Etienne Guillé, l'alchimie de la vie, éditions du Rocher(survivances dynamiques) — ce qui oblige l'évoluteur à mener un combat intérieur, dont les clés sont livrées ici.

Nous ne vantons donc pas l'hindouisme plutôt que le zen ou le t'chan, ou le taoïsme, bien qu'ils nous servent souvent de référentiel, et nous ne cherchons pas à faire prévaloir Lao-Tseu sur le christ et Bouddha, bien qu'il soit présent dans le livre; et si nous mettons Sri Aurobindo au-dessus de ces derniers avatars, c'est simplement qu'il a trouvé un nouveau passage, ce dont nous sommes certain, puisque nous avons suivi la même piste. Le supramental aujourd'hui travaille fermement à l'intérieur de notre enveloppe charnelle. Nous utilisons seulement les matériaux à notre disposition en faisant éclater les écorces, les frontières, les limites, et il nous appartient donc de dévoiler le potentiel qui s'ouvre à notre espèce, dans le prolongement des étapes spirituelles précédentes, et non dans leur négation ou leur mépris.

Seul l'individu tourné vers sa propre origine peut investir et observer les stratifications de la conscience. Ces dégradés révèlent l'histoire de la vie à travers le registre des émotions négatives, et, en s'en libérant, l'évoluteur coïncide avec les étapes suivantes de l'évolution — là où le corps et l'intelligence du moment déprogramment le pouvoir incoercible du passé sous ses deux formes, la résistance passive de l'inertie d'une part — le poids de l'immobilisme, et les survivances dynamiques de la mémoire évolutive d'autre part — des processus archaïques qui se perpétuent.

 
 

      
2.1.6 Théorie des survivances dynamiques

Chaque fois que la conscience subjective se trouve incapable de faire face aux événements qui se présentent, la nature prend le relais en puisant une réponse dans le réservoir illimité de ses intelligences spécifiques, habituées à résoudre le conflit immédiat de la manière la plus efficace et la plus précise. Ces expressions sont latentes, ou virtuelles, dans les zones obscures du cerveau archaïque, telles des programmations disponibles en cas de besoin pour résoudre des situations que le moi ressent comme indésirables. Des opérations chimiques profondes s'effectuent en-dessous de la matière grise, mettant à jour des émotions, c'est-à-dire finalement des combinaisons entre les moi mental, physique et vital, soudain homogènes dans une expérience qu'ils subissent, et qui «dépasse» le sujet, qui perd en partie le contrôle. Tous les jaillissements impromptus de réponses incontrôlées, comme la colère ou les larmes, qui sont des réactions, ou d'autres mouvements plus structurés de fuite et d'agression proviennent d'un mélange du moi au subconscient, mélange dans lequel le flux vital l'emporte sur la conscience de l'identité.

Les subpersonnalités larvées, tels les acteurs obscurs des sept pouvoirs psychologiques que nous évoquerons, proviennent aussi de contrats souterrains entre l'intelligence et des moteurs spécialisés de perception, des tendances archaïques, animales, qui ont survécu à l'apparition du mental. Elles se manifestent quand le sujet perd le contrôle de la situation, ce qui amène le flux du bas, l'énergie vitale, à se mêler au flux de la conscience de veille ordinaire en produisant des émotions dramatiques. Des interprétations sémantiques viciées se forment, empêchant la saisie des faits objectifs, et ces faiblesses marquent toutes précisément les limites de notre identité face à l'univers, en nous contraignant à des combinaisons subies entre le moi et le subconscient. C'est l'autre terme de l'alternative, c'est la revanche de la nature sur l'intelligence qui se libère de la mémoire évolutive le reste du temps, c'est la vengeance de la souffrance, qui sait profiter de toute occasion opportune pour manifester le vieil homme en proie aux compulsions génériques. En fait, vu qu'il est nécessaire qu'une réponse soit fournie à chaque instant par la pensée pour ne pas couper le moi du non-moi, quand le sujet ne sait répondre par lui-même conformément à ce qu'il croit être, la relation entre l'intérieur et l'extérieur s'effectue quand même et se maintient par le rapiéçage forcé de l'émotion négative, qui montre le côté adverse de l'existence, dès qu'il est impossible de s'y relier dans l'harmonie spontanée.

Nous nommons du terme générique de «survivances dynamiques» ce qui entrave le libre déploiement de la conscience individuelle vers la conscience du Tout, car il s'agit en réalité de la même conscience. Le moi qui évolue ne peut que retrouver des plans de conscience qui existent indépendamment de lui, en amont, mais il n'invente rien. L'illumination n'est pas une astuce intellectuelle exhaustive, mais la perception indivise du réel par le moi unifié. Si le sujet ne perçoit donc pas le non-moi comme étant lui-même, c'est parce que cette vision est empêchée par des résidus énergétiques, des habitudes de pensée, des conditionnements divers, bref, des obstructions de différents ordres, que l'on peut ranger dans les champs perceptifs — physique, émotionnel, affectif, mental. L'héritage du passé est certes écrasant à porter dès qu'il concerne la mémoire évolutive des espèces animales puisque nous retrouvons en nous, suscités par des processus biologiques ou écologiques, l'avidité de luxure du porc, l'avidité de liberté merveilleuse et limitée du cheval, l'avidité de bien-être impérial du félin, l'avidité d'amour du chien, l'avidité d'imitation du singe, par exemple. Mais la colère est une sorte de rugissement, le mensonge intérieur une fuite devant un adversaire, et nous pouvons poursuivre les comparaisons, et évoquer toutes les ruses qui déforment les pouvoirs de l'intelligence. Les qualités et défauts «humains» correspondent en partie à des modèles de comportements animaux.

Les intelligences du règne végétal qui créent et préservent les plantes, les fleurs et leurs parfums, s'entassent également dans la mémoire ancestrale, et nous portons en nous la nostalgie de la pureté, qui est une survivance de la condition végétale, puisque les fleurs en particulier représentent dans le monde manifesté l'involution concrète des qualités de l'existence. Nous pouvons même d'une certaine manière (à travers les souhaits qui nous traversent) déchiffrer la résurgence d'une intelligence végétale spécialisée, qui fournit une réponse idéale et subtile — solaire — à nos émotions.

La survivance animale est si puissante que les conflits de territoire n'ont toujours pas cessé entre les peuples, même ceux qui possèdent une écriture depuis des milliers d'années, ce qui atteste que la friction entre les produits mentaux éthiques et la loi contingente du milieu, la préservation lunaire, existe bel et bien encore aujourd'hui. Le processus d'universalisation ne peut donc commencer qu'à travers des individus qui se libèrent de tous leurs héritages, aucun regroupement collectif de personnes ne pouvant s'aventurer ensemble dans cette direction sans que cela suscite des procédures de dominance, d'exclusion ou d'intégrisme.

L'intelligence de l'espèce humaine se particularise dans d'innombrables formes de manifestation fermées, c'est-à-dire spécifiques, qui emportent la conscience du présent, le je, vers des identifications éphémères consenties ou subies, recherchées ou au contraire imposées par les circonstances. Ces identifications concernent tous les plans de perception, depuis les plus obscurs, dans les mouvements de haine, de peur, de désir intempestif, d'appropriation, jusqu'aux plus subtils, à travers les mouvements de reconnaissance des forces universelles et des océans d'informations divines, qui établissent la consécration du moi. La propriété de l'esprit qui consiste à épouser cahin-caha toutes les situations chronologiques successives fonde la complexité de la conscience et caractérise le mystère du moi homogène en toutes circonstances, grâce à l'élasticité qui lui permet de passer des survivances dynamiques aux envolées mystiques, avec tous les intermédiaires possibles. C'est aussi le symbole de l'inextricable union du soleil et de la lune, l'opposition entre la reconnaissance des faits bruts, les constats froids et imprescriptible, et l'intelligence, d'un ordre différent, qui semble virtuelle et fragile, mais qui peut transformer l'existence en tirant des leçons des faits, le temps étant un matériau malléable.

Un malaxage intense d'émotions diverses met en présence le flux de l'intelligence du moment et les multiples courants enracinés de la perception générique. Il s'agit donc de faire sauter un verrouillage — celui de la peur de l'espèce, sous l'impulsion d'une ouverture intérieure ou d'une crise suscitée par les événements, pour aller à la rencontre des associations d'idées, pour investir mécanismes réactifs, schémas de comportements, procédés d'identification au monde, à l'autre et à soi-même. C'est dans cette reconnaissance de l'héritage obscur du non-moi dans le moi que s'opère la première plongée souterraine vers la souche des racines de l'animalité. C'est pour éviter l'imitation du modèle que nous proposons — ce qu'on peut essayer de faire à partir d'une compréhension intellectuelle et opportuniste, que nous précisons et développons ce qui a déjà été dit, qui est suffisant sur le plan intellectuel, mais réclame des nuances pour favoriser l'expérimentation. Sri Aurobindo a établi le supramental, nous nous contenterons pour notre part d'utiliser le contact avec cette énergie, depuis près de trente ans, pour tracer l'itinéraire (théorique) qui peut y mener — compte tenu du fait que l'Éveil, la réalisation traditionnelle, fait partie du chemin. Notre première réflexion porte sur la proportion entre la conscience du moment, tournée vers la saisie extérieure, et la présence à soi. Avant qu'elles ne soient intègres et simultanées, la purification émotionnelle s'impose, ainsi que l'abandon des schémas parentaux structurels, l'image de l'autorité et celle de la sécurité. Le moi qui manipule le je ne peut tenir suffisamment compte des nutriments du moment pour opérer une métamorphose, et il se cantonne dans une expérience faible sans imaginer tout ce que le présent peut démentir ou améliorer. Le vécu se ramène par trop à une superstructure d'identité, et le ressenti continu sans heurts est paré d'une valeur excessive.

Le je qui manipule le moi se perd dans les objets du moment, s'élève et retombe, cherche l'ivresse permanente dans la durée, finit par dépendre des nutriments extérieurs et perd de vue le mystère du centre, tandis que le discontinu est vêtu d'une valeur symbolique de principe, ce qui donne un champ émotionnel très vaste, une ouverture à l'imprévu, tandis que le moi permanent se cache parfois dans ce goût profond pour l'altérité. La chaîne et la trame sont solidaires dans l'emploi du métier à tisser, et sans l'équilibre du je et du moi, le sujet reste cantonné soit dans la projection extérieure, soit dans un caractère puissant et autonome, incapable de profiter du présent pour ouvrir ses horizons.

C'est un travail conscient sur la navette qui permet une transformation sans angles morts, et non la subordination du je au moi, qui limite l'évolution à ce qui est conçu d'avance ou presque, ou la subordination du moi au je, qui donne aux impressions nouvelles une prééminence qui fait la part trop belle aux identifications. L'aller et le retour forment l'unique mouvement.

 
 

   
2.2 L'unité insécable
      
2.2.1 Le potentiel solaire

C'est un pouvoir qui n'est soumis à aucune finalité de principe qui observe le mieux les produits du psychisme, et descend dans la mémoire évolutive en voyant jaillir les émotions intempestives comme il monte vers les aspirations subtiles de l'être. Tandis que le pouvoir intellectuel peut être manié par tous, l'investigation du moi par l'intelligence du vivekâ — le discernement désintéressé, ne peut s'effectuer qu'avec la collaboration du sujet: il s'agit avant tout d'une exploration vivante de soi-même, et non d'une mise en conformité artificielle de l'esprit avec les valeurs qu'il adopte. Le ressenti livre en permanence des contenus hétérogènes dans la quête absolue, et le moi doit apprendre à se reconnaître dans ce que le je lui ramène, qui donne parfois une image toute autre de la réalité intérieure, moins idéale que celle que l'on nourrit En revanche, il est inutile de reprocher à la conscience intellectuelle, son mépris pour l'appel de l'intelligence informelle qui dissout les formes archaïques du psychisme. C'est même le rôle de l'esprit grégaire de borner son exercice à un empirisme étroit, où les valeurs communes ne sont pas remises en question. Le supramental montre la légitimité du réel insécable, et, voyant le Divin dans la boue et l'archaïsme, il se propose seulement de faire coopérer l'être à l'Intelligence divine en le dispensant de porter des jugements de valeur sur la somme innombrable de survivances dynamiques qui entravent l'évolution, et qu'il combat en lui-même. Quel que soit leur domaine de prédilection, les précurseurs se libèrent de l'obsession de la logique formelle et de la quête de la preuve et du résultat. Ils aboutissent par des chemins inconnus avant leur passage exploratoire aux espaces convoités par les autres, qu'il s'agisse des vérités scientifiques, mathématiques et physiques, ou des cheminements thérapeutiques ou spirituels. Ils font confiance à des pistes qui semblent mener nulle part, puisque nul ne s'y est aventuré, et dont on ignore jusqu'au jaillissement dans la lumière quel peut être le bien-fondé. Les pionniers organisent différemment et consciemment les relations entre le mental, le vital et le corps, et ils changent constamment l'image de soi, en fonction de ce qu'ils accomplissent et échouent, de ce qu'ils découvrent et de ce qu'ils manquent. Ils poussent, en quelque sorte, le programme naturel là où ils veulent, quitte à bouleverser les fonctionnements génériques. Ils peuvent demander au corps autre chose, ils peuvent essayer de s'y prendre différemment avec leurs émotions et leur sexualité, pivot du monde vital; ils n'hésitent pas à changer leur image du monde et l'image d'eux-mêmes en fonction de leur investigation permanente. Tout évoluteur solaire souhaite avec l'aspiration de la Terre elle-même une contagion du procédé d'éveil intérieur, qui seule permettrait l'abolition de la souffrance terrestre. Ce souhait vivant est compatible avec le détachement, car il ne s'appuie plus sur des procédures émotionnelles mais sur une vision d'ensemble des résistances et progrès humains.

 
 

      
2.2.2 Le trompe-l'œil sémantique

L'expérience de la conscience non séparative échappe aux représentations dans lesquelles l'enferment les doctrines et les écrits spirituels. Les transformations du réel et de soi-même qui l'accompagnent sont trop subtiles pour être verbalisées. Certaines notions contradictoires pour le mental sont saisies dans une unité évidente par le membre de l'espèce éveillé. Ainsi, la réalité extérieure est à la fois réelle ou irréelle selon le point de vue d'où l'on se place grâce à une profonde métamorphose de la perception où le moi et le non-moi se différencient tout en participant d'une même réalité suprême. Les objets dépourvus de vie propre ou de conscience sont simplement concrets, et n'apparaissent plus comme réels, et ainsi, toutes les institutions et créations humaines se révèlent de simples échafaudages provisoires, des pis-aller dans un monde d'ignorance où les intérêts égoïstes se tiennent les coudes. Les objets dignes d'une véritable reconnaissance sont ceux où de la conscience circule, le monde biologique tout entier, et les mondes suprasensibles où des êtres conscients se tiennent, et naturellement, l'espèce debout en pleine crise de valeurs aujourd'hui.

La vision propre au projet évolutif n'oppose plus systématiquement le matériel et le spirituel, l'erreur et la vérité, l'idéal et le contingent, l'univers apparaissant dans une cohésion secrète où les antagonismes sont inséparables de l'unité, comme les deux faces d'une même médaille. Si la conscience ouverte sur les mystères profonds du monde ne s'obtient pas par quelques recettes bien appliquées, ni seulement par des efforts bien dirigés, c'est qu'elle impose tout d'abord un cheminement imprévu, comparable à une errance forcée et indéterminée dans sa durée; et c'est dans un état de vulnérabilité qui s'installe que le moi apprend à se confronter aux insatisfactions profondes provoquées par les limites de sa propre connaissance et les contraintes du milieu. Par cet abandon, l'intelligence nouvelle met en cause les produits de l'esprit et leurs structures, revient sur la formation des pensées, découvre l'origine de certaines constructions d'ordre intellectuel, moral ou éthique, dans des procédures d'habitude ou de mimétisme qui échappaient jusque-là au moi. Puis elle aborde les compulsions issues de la mémoire de l'individu, et, plus profond, elle descend jusqu'à la mémoire évolutive, riche des traces des comportements animaux. Elle investit aussi les caractéristiques du moi en remontant aux tendances racines issues de la combinaison des sept énergies psychologiquesSystème de correspondances astrologiques et psychologiques partagé par les formes les plus représentatives de l'astrologie traditionnelle hindoue, de l'astrologie moderne scientifique, de la tradition chinoise, tibétaine, et enfin de l'astrologie humaniste, qui ont chacune créé un cadre propre à leurs prérogatives pour développer ou interpréter cette cartographie. Il est inutile de respecter cette nomenclature sans approfondir l'art qu'elle concerne, mais tous les éléments archaïques que nous énonçons se trouvent répertoriés (sans leurs correspondances planétaires) dans les corpus psychanalytique et psychologiques généraux, et en l'occurrence, l'esprit de synthèse de l'astrologie nous a permis de les classifier. Nous trouvons donc intéressant de réunir ainsi les forces de différentes approches qui n'ont aucune raison de rester séparées, et peuvent encore collaborer en partageant plus d'informations. qui sont distribuées d'une manière singulière en chacun. Ces programmations s'enracinent au plus profond de la conscience, jusqu'au socle vital subconscient, puis se manifestent plus haut par l'élaboration sémantique, qui formalise leurs attentes et leurs besoins.

Ces personnages intérieurs seront à nouveau évoqués dans la perspective essentielle de l'alternative, puisque certains poussent le moi à des procédures séparatives (défense et intégrité, affirmation et présence à soi) et d'autres à des procédures cohésives (ouverture et dialogue, participation et présence à l'autre, au moment, au milieu, fusion). La somme des sept pouvoirs affleure dans le moment présent dans une proportion particulière et cette résultante, le je, exprime le moi à chaque instant. Le je peut profondément changer de fonctionnement, et nous allons dépeindre comment.

 
 

      
2.2.3 Le septénaire primordial

Nous pouvons détailler les manifestations spécifiques de l'intelligence dont nous sommes tributaires, et qui agissent selon leur propre nature en s'appropriant notre esprit dans un moment donné. Sept pouvoirs distincts et fondamentaux organisent notre vie psychologique et se chargent de répondre aux sollicitations intérieures ou extérieures dans le cadre de leur juridiction. Ces pouvoirs correspondent aux planètes traditionnelles et aux luminaires de l'astrologie, et produisent entre eux des frictions et des alliances responsables des structures des contenus psychologiques. Des correspondances cohérentes entre le potentiel d'identité et les schémas astronomiquesVoir Astrologie supramentale, Natarajan, éditions Trédaniel du ciel de naissance peuvent être établies. Mais l'on peut d'une manière empirique et tout aussi radicale investir les contenus inconscients du moi sans se préoccuper de cette cartographie, bien qu'il soit nécessaire de légitimer la complexité psychologique de l'espèce par ce parallèle avec le système solaire. Le moi est aussi homogène que le corps, mais nous ne pouvons nier que le rein soit différent du cœur, de l'estomac, du foie, etc. De même, des pouvoirs psychologiques se succèdent et alternent en nous, et nous imposent des contenus propres à leur juridiction.

Pleurer ou réfléchir ne relèvent pas de la même instance, souhaiter et désirer proviennent de deux fonctions différentes, s'ouvrir et se préserver proviennent de deux lieux opposés, conserver et anticiper représentent des perspectives différentes, etc. Nous hésitons à développer cette nomenclature, car même si sa vision éclaire d'un seul coup le fonctionnement psychologique de l'espèce et de l'individu, elle ne permet pas par elle-même de mieux faire le travail intérieur. La révélation du thème natal — horoscope — par un éveillé sachant y déchiffrer la mécanique énergétique, ce qui a sans doute toujours existé, surtout en Orient, n'apporte de vrai secours qu'à un moi qui est déjà prêt à lâcher du lest pour naviguer et gagner les îles solaires. Dans les autres cas, l'astrologie conforte la personne dans ses incapacités, et la dédouane, tandis que les dons seront poussés en avant comme des propriétés personnelles et des faire-valoir. Ce n'est pas l'astrologie que nous cherchons à légitimer, mais la complexité de l'alliance entre le moi, identité centrale plus ou moins consciente, et le je, la formation permanente du discours à travers l'adhérence au moment et aux circonstances. Si le je et le moi étaient identiques, nous pousserions sans doute comme des plantes, sans nous poser de questions. D'une certaine manière, le je et le moi sont identiques, dans la mesure où l'un et l'autre sont tributaires de leur partenaire et ne peuvent s'évader de la pression réciproque. Le moi veut ou attend que les choses se passent d'une certaine façon, le je renseigne le moi sur ce qui se passe vraiment, ou sur ce qu'il peut percevoir de la situation.

Mais il est clair que le moi subit des poussées hétérogènes auxquelles le je ne sait pas toujours faire face (crise d'identité), comme à l'inverse le je fabrique des discours pénibles à partir de certaines situations intolérables, qui affectent l'identité centrale. On peut donc dissocier le moi du je, si l'on institue le moment comme étant ce qui les coud l'un à l'autre, ou bien les amalgamer et les confondre, si l'on ne caractérise pas le temps comme un pouvoir transformateur.

Quel coefficient de métamorphose attribuons-nous à la durée?

La nomenclature des pouvoirs planétaires rend compte seulement que le moi homogène se diffracte dans le je à travers sept petits moi qui lui sont subordonnés, et qui sont attirés par les circonstances à la surface du moment. La voie exploratoire transforme cette mécanique et remplace les types de réponses convenues par d'autres solutions. Par l'intériorisation profonde, le moi peut changer le courant générique, appeler Saturne à la place de Mars, Mercure à la place de la lune, Vénus à la place de Saturne, etc. C'est une image algébrique simple, peu importe la nature des pouvoirs en question, pour expliquer une partie du processus de transformation, et, si l'on connaît d'ailleurs les correspondances, on s'aperçoit vite que la morale et la religion, préconisent en partie les mêmes substitutions générales pour mener à leurs propres valeurs, mais par des considérations coercitives.

C'est ainsi que peuvent se renouveler sans cesse les capitaux psychologiques, comme l'image de soi solaire, l'appréciation émotionnelle et sécuritaire lunaire, la pulsion sexuelle ou le désir d'initiative martien, le besoin de partage, d'amour ou de reconnaissance vénusien à l'affût de l'idéalisation, la projection dans l'identité de groupe jupitérienne, la structuration des valeurs, par imitation, tri, ou création, saturnienne — sans oublier le pouvoir sémantique mercurien, le je de l'association du discours intérieur, qui ch